Posted by: Jean-Michel ®
06/03/2004, 06:44:42
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Je me suis donc rendue à l’usine pour être sur place pendant cette période d’aménagement. C’était en février 2000. Une fois que lui, son premie avocat qui est maintenant spécialisé dans le secteur de l’aviation, et son mécanicien furent partis, je me suis retrouvée seule pour travailler avec le responsable clientèle de Gulfstream. Mon travail était de faire la liaison entre PR (Prem Rawat) et Gulfstream.
Le deuxième jour, le responsable clientèle m’a prise à part pour me dire qu’il y avait beaucoup de gens qui n’aiment pas Mr Rawat. Il avait apparemment fait une recherche sur Internet pour voir qui était ce type plein de fric, et il avait dû trouver EPO. Je lui ai répété la ligne du parti, c’est à dire qu’il y a plus de gens qui l’aiment que de gens qui ne l’aiment pas.
Je me rendais donc tous les jours sur place à l’usine, j’observais, faisais un rapport, et je jouais mon rôle d’interface. PR m’appelait ou m’envoyait des emails. Au début, il était très exigeant sur le prix d’un certain aménagement. Ce qu’il voulait semblait très déraisonnable, mais j’ai essayé de le réaliser. Ca a diminué sa crédibilité, et je me suis dit que ça l’a fait passer pour un grippe-sou.
Un mois plus tard, il y a eu une conférence pour gros donateurs en Californie, et j’ai demandé à M si je pouvais y aller. Il m’a fait dire, par l’intermédiaire de son nouveau secrétaire âgé de 21 ans, «Mais qui va avoir l’œil sur le G-V ?» Je ne me serais absentée que le week-end, et de toutes manières l’usine ne travaillait pas pendant le week-end à cette époque. Il ne semblait pas se rendre compte de ma solitude là-bas, de mon désir de venir voir quelques amis, et peut-être d’avoir un peu d’inspiration.
Un mois plus tard environ, le G-IV était vendu et le mécanicien est venu se joindre à moi là-bas. J’avais enfin un ami et quelqu’un de qualifié pour m’aider. Je n’avais pas vraiment d’expérience en construction aéronautique, simplement mon expérience de pilote et mon expérience des affaires. Le responsable clientèle n’était pas gentil avec moi, il semblait n’avoir de respect que pour les personnes ayant des connaissances dans son domaine. Ca me rendait la tâche très difficile.
A un certain moment, avant l’arrivée du mécanicien, il en a eu assez de moi, et il a appelé l’avocat. Il voulait me faire chasser de l’usine. L’avocat m’a alors appelée, me disant que je devais être responsable de cette situation. Ca m’a vraiment fait mal. Me voilà à faire de mon mieux, et il ne lui vient même pas à l’esprit que ça peut être la faute de l’autre ! Il ne m’a apporté aucun soutien lorsque j’en ai eu besoin. Gardez à l’esprit que j’ai toujours eu beaucoup de succès dans les affaires. Ca me dépassait.
J’ai appris beaucoup plus tard, par l’intermédiaire d’un ami et après mon départ, qu’à partir de ce moment PR a commencé à dire des choses négatives à mon propos, y compris que j’étais incompétente, et qu’il parlait aux autres derrière mon dos.
J’ai envoyé une note à PR en lui expliquant que je pensais que je n’étais pas la personne qui convenait à ce poste, et que le responsable clientèle et moi ne nous entendions pas. Je proposais que le copilote (un non-premie) vienne m’aider. Il a donné son accord deux mois plus tard.
Au bout de 3 mois, disons vers avril-mai 2000, PR est venu faire une inspection, accompagné de son entourage, y compris sa maîtresse. A cette époque, je ne savais pas que c’était sa maîtresse. Elle prenait des quantités de photos. Je l’ai appris un ou deux mois plus tard par l’intermédiaire d’un ami qui faisait la sécurité. Ce qui m’a rappelé certaines des instructions que j’avais reçues de sa secrétaire, selon lesquelles la liste des passagers ne devait jamais être montrée aux membres de la famille de M. Je sais maintenant pourquoi. Il essaie d’éviter que sa femme le sache autant que possible, mais je suis sûre qu’elle le sait. A partir du moment où j’ai fait partie de l’équipe de l’avion, elle est devenue un peu froide avec moi ; je sais maintenant pourquoi.
Je me suis occupée des arrangements pour une maison où il a séjourné lorsqu’il a fait son stage de pilotage de 3 semaines. Je l’ai fait équiper d’accès à Internet, de mobilier, etc etc. Et d’une deuxième maison pour son cuisinier et son valet de chambre. Il en avait 2 à cette époque. L’un était avec lui, l’autre avec le cuisinier. En vérifiant la facture de satellite pour la maison de M, j’ai remarqué qu’il avait payé un film pornographique, une histoire de Lapines des Neiges. Beaucoup de types regardent du porno, non ?
Pendant son stage de pilotage, il est allé voir l’avion tous les jours pendant qu’il était en peinture. J’étais là avec son mécanicien. Un jour, nous étions tous les trois dans l’avion, et PR a commencé à parler au mécanicien des diverses postures sexuelles qu’il pourrait prendre (le mécanicien) avec sa petite amie pendant leur retour vers la Californie. Ca m’a choquée parce qu’elle était mon amie, et je trouvais que c’était abusif de parler de ça, surtout en ma présence. Je suis alors sortie de l’avion, et j’ai attendu dehors. J’ai appris plus tard qu’il s’agissait de harcèlement sexuel, étant donné qu’il était mon employeur.
Pendant le stage de pilotage, nous avions fait installer un mobil-home (grande caravane) à l’extérieur, pour qu’il puisse aller y fumer pendant les pauses, pour qu’il ne soit pas obligé d’utiliser les WC publics, et pour qu’il puisse déjeuner en privé.
Alors que l’équipement du jet était pratiquement terminé, PR était en ville, sans occupation, et il s’était installé sur son yacht. Il venait tous les jours à l’usine en hélicoptère pour voir comment ça allait. Il m’a demandé de m’informer pour un stage d’hydravion, mais il ne l’a pas suivi.
Une fois les aménagements du jet terminés (août 2000), il est parti en Espagne, puis à Amaroo. Il m’a parlé au téléphone la veille de son départ. C’est la dernière fois qu’il s’est adressé à moi. On m’a laissé déménager le bureau installé chez Gulfstream, fermer les maisons, et continuer à m’occuper des arrangements pour le copilote du G-V. Il avait décidé que celui qui avait fait le stage avec lui ne serait pas assez bon.
A ce moment là, j’étais assez épuisée, sur le plan émotionnel et sur le plan physique. Pendant le dernier mois, j’avais l’impression que mes actions auprès du boss étaient en train de couler. Lorsque tout votre univers tourne autour d’une seule personne, et si toutes les personnes que vous connaissez et avec qui vous travaillez tous les jours ont le même point central, ça vous donne la nausée.
J’ai alors décidé de me rendre à Amaroo pour essayer de me reconnecter à lui en tant que maître, et non comme un à patron très exigeant. Ca a un peu marché. Il a été surpris de me voir dans la ligne de darshan. Puis je suis rentrée en Californie.
Une fois là-bas, j’ai essayé de me remettre au travail, mais rien n’était plus comme avant. Il ne me confiait plus aucun projet. Il ne répondait à aucune de mes offres. Sa secrétaire avait repris son poste, et elle me traitait comme une idiote. Nous avions été bons amis, du moins je le pensais, durant sa maladie. Ca aussi ça fait mal.
Trois mois après mon retour en Californie, j’ai appris que M lui avait demandé de me congédier dès la fin des travaux sur le jet. Elle avait attendu 3 mois pour le faire parce qu’elle avait peur que je parte en la laissant seule avec tout le travail que je faisais.
Pendant toute cette période, je commençais à songer à démissionner. J’ai eu une mini crise de nerfs une à deux semaines après mon retour en Californie. Je me souviens qu’un jour j’ai été prise de nausées en regardant des personnes dans un parc ; je me demandais si j’aurais à nouveau une vie normale un jour, des amis, du temps pour vivre en société, du temps pour faire ce que j’aime. Alors 3 mois environ après mon retour en Californie, je suis sortie déjeuner avec le comptable de M. Je lui ai fait part de mon sentiment. Il m’a alors dit que je lui facilitais la tâche. Il avait justement l’intention de me dire que M pensait que je n’étais pas « la bonne personne pour ce poste ». Aucun autre poste ne m’était offert. On m’a demandé de trouver un remplaçant.
Comme une idiote, j’ai accepté. J’ai même aidé à faire les achats de Noël de PR. Tous les ans, il fait des cadeaux à ses associés en affaires, pour qu’ils lui en soient reconnaissants – essentiellement dans le domaine de l’aviation. Mais aucun cadeau pour les premies. Son copilote gagne 100.000 $ par an. Ce qui est peu par rapport aux tarifs couramment pratiqués, mais beaucoup par rapport à ce qu’il donne comme salaire à ses premies.
Plusieurs mois plus tard, après qu’aucun des noms des personnes que j'avais suggérées n’ait été vraiment pris en considération, j’ai tout simplement décidé de laisser sa secrétaire choisir elle-même la personne qu’elle souhaitait. C’était de toutes manières ce qu’elle faisait. J’étais de plus en plus déprimée, et j’avais besoin de partir. J’ai donc donné mon préavis, terminé mes projets en cours, demandé qu’ils vérifient que j’effaçais bien tout de mon ordinateur (c’est exigé), et je suis partie.
Colère et souffrance ont commencé à se manifester. C’était comme si la plus grande relation amoureuse de ma vie venait de se terminer. Ce M n’avait même pas eu la courtoisie professionnelle de me le dire en personne, de me remercier pour tout le dur travail que j’avais effectué, me dire que ça n’allait pas. Ca aurait tout à fait convenu. Non, il a demandé à quelqu’un d’autre de le faire. Il m’a traitée par le silence. J’ai appris par la suite que c’est ainsi qu’il procède avec tout le monde. Quand il en a terminé avec vous, c’est terminé.
En mars 2001, je suis donc retournée à la ville où vit ma famille, afin de passer du temps avec ma mère qui commence à être très âgée. Ca faisait tout de même 30 ans que j’étais partie. Nous étions restées en contact après mes premières années d’ashram, mais ça n’est pas pareil de vivre dans la même ville. J’ai pansé mes blessures, et j’ai apprécié son réconfort.
Environ 15 jours après mon retour à la maison, on a diagnostiqué de manière inattendue chez mon frère un cancer au stade terminal. J’ai passé les 9 mois suivants à l’aider, et à essayer de trouver un traitement alternatif qui aurait pu le sauver. Il est mort hélas à l’âge de 45 ans, laissant sa femme qu’il avait épousée 5 ans auparavant, et une fillette de 1 an. Ce fut assez accablant pour moi.
Je « pratiquais » encore la connaissance à cette époque. Après avoir quitté la Californie, j’avais été à un grand événement auquel j’ai pris grand plaisir. J’essayais de m’y remettre, comme un premie ordinaire. Mais ma dévotion était difficile à rappeler.
En mars 2002, j’ai commencé un stage de 7 mois dans une école de massage. Je ne voulais pas retourner dans le monde des affaires.
Un mois plus tard environ, mon frère est décédé, et j’ai commencé à aller voir un thérapeute-médium. Je pensais qu’elle pourrait m’aider dans cette phase de deuil, et peut-être m’aider à entrer en contact avec mon frère (à cette époque, je croyais à la voyance). J’allais la consulter une fois par semaine. Elle vivait simplement, et ne me faisait pas payer bien cher. Elle présentait très bien, et ne prétendait pas tout savoir. Agréable changement après ce que j’avais connu dans cette relation disciple/maître.
Elle m’a enseigné une autre méditation, afin de développer ma sensibilité pour pouvoir communiquer avec mes guides spirituels. Quelques mois plus tard, je me suis rendue compte que je préférais cette méditation à celle de la Connaissance ; j’ai donc cessé de pratiquer la Connaissance. C’est à peu près à cette époque que j’ai cessé d’être disciple de Maharaji.
Elle m’a dit qu’il avait dû être un guide spirituel lorsque je suis venue à lui, mais qu’il a ensuite progressivement perdu ses qualités. Que lorsqu’il parlait aux programmes, ses guides spirituels parlaient à travers lui. J’ai accepté cette explication. Progressivement, elle a commencé à avoir de plus en plus d’influence sur moi. Je me suis rendue compte que j’allais la consulter pour chaque décision que je devais prendre.
J’ai compris que c’est un phénomène fréquent lorsqu’on quitte une secte. On cherche quelqu’un d’autre qui vous donne des réponses, une autre perspective sur la vie. J’ai adopté sa vision, et abandonné celle de M. Je dirais que m’étant brûlée une fois, je n’ai pas d’absolue certitude de mes croyances actuelles.
Après avoir étudié deux ans avec elle, un ami ex-premie est venu passer deux mois avec moi entre deux périodes de travail, en avril 2004. Nous avons eu de grandes discussions. Puis j’ai lu le livre “Cults in Our Midst” – (Sectes parmi Nous), du Dr. Margaret Singer (psychiatre américain, spécialiste de la lutte contre les sectes, ndt). Et la lumière s’est éteinte.
Je me suis rendue compte que j’avais été dupée, comme tant d’autres. J’ai commencé à comprendre les mécanismes de persuasion sectaires. Comment une personne parfaitement normale peut se faire prendre au piège d’un groupe thérapeutique, d’une secte biblique, d’une secte orientaliste, etc. De quelle manière la méditation est en réalité utilisée pour vous rendre plus sensible aux directives et aux suggestions du leader de la secte. De quelle manière on attrape mieux les mouches avec du miel. Combien M s’y prend doucement (je le vois maintenant très clairement, mais j’ai été leurrée pendant si longtemps).
J’ai immédiatement cessé de pratiquer la méditation de mon médium. Avais-je vraiment envie de me faire guider par mes « guides spirituels » ? Peut-être devais-je y songer un peu plus. J Et j’ai cessé d’aller aux cours du médium.
J’ai alors décidé de retourner au collège, et de reprendre mes études là où je les avais laissées quand j’avais 18 ans. J’avais alors pratiqué les massages thérapeutiques pendant un an et demi, puis décidé de suivre des cours d’acuponcture. Mais je pense maintenant que je vais plutôt étudier la psychologie, l’histoire, et décider de ce que je vais faire lorsque je serai grande, comme j’aurais dû le faire à 18 ans. Si j’ai vraiment envie d’étudier la médecine chinoise traditionnelle, c’est ce que je ferai.
J’ai envie de me forger ma propre vision. J’ai commencé une sorte de thérapie avec un spécialiste des sectes. Je le recommande vraiment pour toute personne qui sort d’une secte. Je commence à voir à quel point ma dévotion aveugle m’a affectée à beaucoup de niveaux. La mentalité élitiste, les réponses faciles. Comme on dit, c’est trop beau pour être vrai …. Et c’est probablement le cas.
La morale de cette très longue histoire, c’est que la vie est sûrement un processus, non ? Mais je n’ai pas l’intention de me défaire de mon optimisme, ni de ma foi en les autres. Je veux juste avoir un peu plus de discernement.
Je ne veux pas non plus faire de mal à M ni à sa famille. Lui-même et les membres de son équipe ont été généralement gentils et bienveillants à mon égard. Mes pensées vont davantage vers les milliers de personnes qui sont encore dans la secte, beaucoup d’entre eux sont des amis de longue date.
J’espère vraiment que ses gens ne vont pas me harceler ni essayer de me poursuivre en justice, comme ils l’ont fait pour d’autres. S’ils le font, j’aurai sans doute moins d’hésitation à porter atteinte à la réputation de la société qui m’a employée. Le responsable de cette société est toujours un des principaux sponsors financiers de PR. Je suis certaine qu’ils n’ont pas envie que leurs concurrents, clients, clients potentiels, employés et employés potentiels sachent que cette société est dirigée par des membres d’une secte, et qu’ils financent ainsi personnellement le leader d’une secte. Je ne veux pas tellement les menacer ; mais je suis sur la défensive, après avoir vu ce qu’ils ont fait à d’autres personnes qui ont osé parler.
Mon but est simplement de fournir une autre pièce du puzzle, pour que les gens puissent se faire une idée avant de se dédier à cette histoire.
Toujours sur le chemin,
True Blue
Mai 2004
PS : Tout ce mythe selon lequel il a gagné son argent grâce au succès de ses investissements est une fable. Son argent de poche provient principalement d’une société gérée par des premies (pas celle qui m’a employée), grâce aux actions de cette société qui lui ont été offertes. Il a reçu beaucoup d’argent de celle qui m’a employée, je suppose qu’il en est encore ainsi. Il reçoit beaucoup d’argent des premies, qui lui donnent leur fortune et leurs héritages, et par des premies qui travaillent bénévolement ou contre de maigres salaires. Ses finances sont gérées par un avocat, et par les services de gestionnaires financiers que M paie.
Modified by Jean-Michel at Fri, Jun 04, 2004, 09:11:53
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